Banlieues, cités


BANLIEUES, CITES

 

Parce que je n'y ai jamais vraiment vécu et que pourtant j'y ai passé beaucoup de temps, que l'attitude de nos dirigeants vis-à-vis d'elles me désolent, qu'on crée toujours plus de préjugés à leur égard, je souhaite aujourd'hui vous donner mon point de vue. Il est personnel, n'a rien de général, mais est certainement bien plus réaliste que ce que rapportent les médias.

 

Les cités, c'est clairement un lieu à part. Les banlieues, ce sont des ghettos. Ghettos de pauvres ou ghettos de riches. Souvent proches géographiquement d'ailleurs, aggravant ainsi le sentiment d'insécurité des riches, et le sentiment de frustration des pauvres.

 

Du coup, on y retrouve une classe de la société pauvre, souvent d'origine immigrée, qui, pour survivre, s'est créée sa propre identité, ses propres références, sa propre culture. On ghettoïse des gens... ils se créent donc leur propre monde, leurs propres codes,...Tout comme le font les banlieusards riches, d'ailleurs.

 

Dans les cités, j'ai vu un grand mélange de culture. Très peu de racisme, beaucoup de volonté, de grandes ambitions, beaucoup d'amour. Pour moi les cités, c'est un endroit où :

-      le mot famille a encore du sens

-      les amis ne sont pas des connaissances

-      une dignité, un honneur et une volonté d'acier

-      autant d'espoir que de misère

-      pas de SDF dans les cités ; on y laisse pas les gens crever dans la rue !

-      la solidarité et l'entraide ne sont pas des vains mots

-      les filles aiment être belles, les garçons aiment être forts

-      le mot « bande » veut dire autre chose que délinquance, mais cercle d'amis (des vrais), des gens avec qui on passe son temps, qui font la pluie et le beau temps, sur qui on peut vraiment compter, quoi qu'il arrive, et qui peuvent compter sur nous.

-      la religion (souvent l'islam) est une voie pour tous. Pour comprendre ces mots, encore faut-il avoir ouvert le Coran et parlé avec un Imam une fois dans sa vie.


C'est un endroit où :

-      les appartements sont petits, où les coeurs sont grands, et où il y a toujours une place pour toi pour dormir et manger.

-      on veut s'en sortir coûte que coûte

-      même le RER ne passe pas trop près pour les enclaver encore plus (préférer les bus).

-      les rires, les cris, la musique, les tags, la danse ne sont pas interdits, pas tabous, c'est que de l'expression !

-      il y a un vrai mélange de cultures, et chacune est respectée.

-      Quand quelqu'un te sourit, tu vois un monde dans ses yeux, pas une formule de politesse. D'ailleurs la politesse n'y existe pas. On dit ce qu'on pense, que ça fasse beaucoup de bien, ou beaucoup de mal. Là-bas pas de mensonge, mais de l'amour et de la souffrance.

-      Chaque enfant est une richesse, et un trésor à protéger.

-      un des rares endroits où le mot fraternité écrit dans la République Française a vraiment du sens.

-      où son identité n'est pas liée à sa couleur de peau, à ses origines, mais à son lieu de vie, son département, sa ville, ses amis (moi c'est le 78, le 91, Trappes, les Ulis, Vélizy,...).

 

Mais, parce cet enfermement dans ces ghettos rends fous, parce qu'autour d'eux il n'y a que du béton, des immeubles insalubres où jamais des travaux ne sont faits (lavabos ne tiennent plus, murs humides, chauffage défaillant, ascenseurs en panne), il y a beaucoup de rage.

 

Parce que les enfants n'ont que 25 m² de terrain pour jouer, que du béton, toujours du béton, parce que ces gens sont traités comme des chiens, parce qu'il n'y a pas de travail, parce que la couleur de peau ou le nom sont encore des barrières, parce que entre racisme, discrimination, intolérance et ghettoïsation, ils n'en peuvent plus.

 

Alors oui, il y a de la violence quotidienne, des destructions, du vandalisme. Pour dire, on en peut plus, on en a assez. Enfermés dans des murs gris, sans perspectives d'avenir, sans espoir d'en sortir, parce qu'on s'appelle Moussa, Imane, Mehmet, Salim, Nadia, Aziz,... Parce qu'on a la peau trop foncée, parce qu'on habite dans des banlieues de pauvres...

 

Quand les gens de bonne volonté veulent donner un peu de joie de vivre aux gamins qui ne rêvent que de RMI, quand on veut changer les choses, mais que les assos ferment manquant cruellement de subventions pour fonctionner, quand il n'y a même pas d'endroit l'hiver pour se retrouver (à part les halls d'immeubles), ben oui il y a de la haine.

 

Il y a de la haine contre la police, contre les CRS. Là-bas, dès que tu sors de chez toi, c'est contrôle d'identité. C'est je te fouille et je plaque les gamins contre les camions, c'est des insultes, c'est de l'irrespect, c'est des coups, c'est de l'humiliation,...et c'est tous les jours. Parfois, c'est trop, ça finit mal.

 

Puis cette colère monte, grandit avec les années, en voyant que les petits frères et les petites soeurs n'auront pas plus d'avenir que nous. Alors il y a du désespoir. Ce désespoir, cette haine, cette rage, au mieux, ça sera du rap, de la soul, du hip-hop, de la breack(dance), du beat(box), des graf', des tags,... Ce sera des voitures brûlées, des pierres lancées, des locaux incendiés,... Ce sera de la baston, des coups, contre les keufs (flics),...

 

Du coup, déjà il n'y avait personne, mais là c'est la désertion, plus de Poste, plus de pharmacie, plus de médecins,... restent ceux qui sont nés ici : les épiciers, les gars de la cité,... Ils sont très respectés, font facilement crédit, et sont même protégés.

 

Parce que là-bas, si quelqu'un en tape un, c'est mille qui te taperont, parce qu'on ne touche pas aux enfants, ni aux mères, ni aux soeurs,... Parce que le mot unité et fraternité ont encore du sens.


Il ne faut néanmoins pas oublier un certain nombre de ses habitants, certainement la majorité d’ailleurs. Ils sont tiraillés entre la compréhension et le soutient de ces jeunes qui n’en peuvent plus, qui sont exaspérés de vivre dans de telles conditions et qui perdent espoir, et celui de subir les conséquences de leurs actes. En effet, le problème est que ce type de comportement a tendance à conforter la mauvaise réputation de ces lieux, en accroissant la violence, le non attrait, et donc la ghettoïsation des cités… Hors les « non-actifs », malgré qu’ils aient en général les mêmes revendications, refusent la violence pour moyen d’expression, et en sont même bien souvent victimes.

 

La police qui agresse et qui est agressée, rentre dans le cercle vicieux de la haine. Et les jeunes lieutenants, qui trouvent en banlieue leur premier poste, se trouvent confrontés à de la haine, des insultes, des jets de pierre, parfois même des coups, et voient leurs aînés et supérieurs répondre d’autant plus violemment à ces agressions quotidiennes. Dans les deux camps, la perpétuation de cette « guerre des banlieues » est assurée par leurs comportements respectifs : ni respect, ni considération, mais beaucoup de haine.

 

Les « non actifs » se retrouvent ainsi pris en étau entre le soutient et la solidarité aux « actifs » et à leurs idées, et celle de se retrouver dans une situation plus oppressante et aggravée par leurs comportements. Donc la solution simple serait : « oui aux idées mais pas par la violence ». Mais allez expliquer ça à des gens qui n’ont plus d’espoir, qui vivent sous l’humiliation quotidienne des policiers, qui se heurtent à la bêtise, au racisme, aux discriminations, qui sont ghettoïsés et entassés comme des animaux dans des immeubles insalubres,… Le vrai problème est leur non considération. Ignorés, incompris, avec bien peu de possibilités de s’exprimer (l’unique étant le rap, encore faut-il « percer »), pleins de haine et de rage, la violence demeure la voie la plus évidente, et donc la plus couramment répandue.


Alors oui de la violence, mais les banlieues, les cités, ce n'est pas QUE ça... C'est bien plus d'amour que de haine, bien plus d'espoir que de misère !

 

Aujourd'hui je lis sur le journal « Les cités en feu, la situation est grave »... Plus concrètement, ils disent que les pompiers ne veulent plus intervenir. Je comprends leur colère à intervenir tout le temps, et pour rien. Mais s'ils n'interviennent plus, alors ce sera « Banlieue 13 » (film de Luc Besson)...

Et CA, ça craint !!!!






Némania




Article ajouté le 2007-10-31 , consulté 76 fois

Commentaires


ADC le 31/10/2007 à 13:53:57
réponse en MP..............
ADC le 05/11/2007 à 21:59:49
j'ai répondu...............
Némania le 20/11/2007 à 01:00:49
Je peux publier ta réponse ?

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